Bercy, côté jardin

Par Rémi Bourrières

© FFT

À l’approche du Rolex Paris Masters (du 26 octobre au 3 novembre), nous avons eu le privilège de nous plonger en inside dans l’organisation fédérale du plus grand tournoi en salle du monde. Pour vous faire découvrir Paris sous un autre angle…       

Vous connaissez le Paris lumière, la ville où tout pétille, sous les spotlights d’une AccorHotels Arena transformée en scène scintillante où se produisent avec éclat les plus grands joueurs de la planète. Mais connaissez-vous le Paris de l’ombre, celui qu’on voit moins voire pas du tout, celui qui s’active tout au long de l’année pour vous faire vivre depuis 33 ans les vibrantes émotions d’un tournoi pas vraiment réputé pour sa sagesse ou pour son conformisme ? 

C’est ce Paris-là que nous sommes allés visiter, à l’amorce de la dernière ligne droite, jusque dans ses recoins les plus secrets. Un Algeco de fortune résonnant du bruit (et de l’odeur) des marteaux-piqueurs s’affairant avec fracas aux travaux du court Philippe-Chatrier de Roland-Garros, un bureau plus feutré situé sous le Suzanne-Lenglen, le bar d’un hôtel classieux place de la République, une salle de réunion enclavée dans les bureaux délocalisés de la FFT… À la guerre comme à la guerre, il a bien fallu user nos souliers pour aller à la rencontre de certains des principaux « cadres » de l’organisation du plus grand tournoi en salle du monde : le Rolex Paris Masters et son show de lumière, son Arena enflammée, son ambiance lounge, son service quatre étoiles et son plateau magnifique, quoique néanmoins contrasté, selon les années et l’état de forme des principales stars du circuit, en cette fin de saison. 

Sans ces gens-là, sans leur passion et leur dévouement, sans leur travail (plus ou moins) de l’ombre, Paris, on vous le dit, ne serait pas tout à fait Paris… 

Directeur du tournoi
Guy Forget

« Mon rôle de directeur du Rolex Paris Masters se confond finalement un peu avec celui de directeur de Roland-Garros. C’est la même chose en plus réduit, comme de passer de la cabine de pilotage d’un gigantesque paquebot à celle d’un yacht de luxe. Tout est plus petit, le stade, les équipes… Mais souvent plus intense, à l’image de la programmation. C’est l’un des rares endroits au monde où l’on peut voir jouer Federer, Nadal et Djokovic à la suite sur le même terrain. C’est exceptionnel, quand on y pense ! Désormais, alors qu’on entre dans la dernière ligne droite, mon principal souci va d’ailleurs comme toujours concerner la participation des joueurs. Jusqu’au dernier moment, il y a toujours forcément un peu de stress. Chaque fois que mon téléphone sonne, je tremble (rires) !

La caractéristique du Rolex Paris Masters, c’est qu’on n’est pas chez nous. On ne peut rien faire sur place tant que le dernier concert n’est pas terminé, le week-end précédent. Pour nous, le tournoi en lui-même ne dure donc que deux semaines. Cela commence avec l’installation des terrains et la pose de la surface. Il y a trois ans, j’avais fait le constat que les choix offensifs n’étaient pas suffisamment récompensés pour de l’indoor. J’avais donc demandé à Javier Sanchez, le directeur de Greenset (lui-même ancien joueur et frère d’Arantxa et Emilio, ndlr) de réaccélérer un peu, sans aller trop loin… Cela avait  été un succès, au point que le Masters de Londres nous avait emboîté le pas. Je crois qu’on a trouvé le bon compromis.

« Chaque fois que mon téléphone sonne, je tremble ! »

Pour cette année, j’ai demandé une surface identique. Mais on sait que cette surface – résine sur bois – n’est pas une science exacte. Rien que la manière dont elle est posée, en mélangeant des silices à la peinture, est sujette à des variations. Déjà, il faut faire plus lent au début, car cela va s’accélérer au fil de la semaine. Après, les sensations peuvent varier selon l’hygrométrie, la température, les balles… C’est pour cela qu’on a souvent des ressentis différents chez les joueurs. Mais à l’arrivée, s’ils ne sont ne sont pas satisfaits, c’est ma responsabilité. 

Après, il y a un travail de l’ombre qui se fait toute l’année. De mon côté, c’est un travail de représentation du Rolex Paris Masters, auprès des partenaires notamment, et de réflexion autour de l’organisation de notre circuit. J’étais par exemple à l’US Open pendant quatre jours pour un enchaînement de réunions avec les directeurs de tournoi du monde entier – une soixantaine. Nous menons ensemble une réflexion autour de la construction du futur Tour ATP, en discussion permanente avec les joueurs. »

Responsable et chargée de projets événementiel − FFT
Anthony Benaim & Mathilde Soulié

« Pour nous, le Rolex Paris Masters ne s’arrête jamais vraiment, on y travaille toute l’année, même si l’on s’y consacre de manière plus intensive à partir du mois de septembre. L’un de nos plus gros postes – ou disons le plus visible – est bien sûr l’animation sons et lumières. Car ce show est devenu l’identité du tournoi, notamment le tunnel d’entrée des joueurs installé en 2015, qui est devenu sa signature, reconnaissable partout dans le monde.

L’animation actuelle a été conçue en collaboration avec l’agence Aimko, avec laquelle nous travaillons depuis plusieurs années. C’est elle qui assure la création artistique des effets lumineux et des contenus diffusés en vidéoprojection. Tout ceci est réalisé en coordination avec de nombreuses personnes : le DJ, Philippe Bejin, qui performe en direct à partir des musiques préalablement sélectionnées, le topper, qui s’assure que le fil conducteur écrit à l’avance se déroule à la seconde près, ou encore bien sûr le réalisateur, car la captation télévisuelle (et photographique) du show est très importante.  

Pour nous, l’une des principales difficultés de ce show d’entrée est de réinventer un contenu chaque année. Avec le nouveau naming du tournoi devenu le Rolex Paris Masters en 2017, on s’est toutefois fixé comme objectif de rester autour du thème de Paris. Un Paris artistique, urbain, à la différence de Roland-Garros qui est un Paris plus patrimonial. Si vous regardez le show de l’an dernier, Paris est très présent, avec par exemple des images incrustées de la tour Eiffel ou des bruits de métro. Cette année, attendez-vous encore à quelques nouveautés.

La principale sera la création d’un show d’entrée sur le court 1. Ce sera forcément différent, car il n’y a pas les mêmes possibilités. Mais on s’est dit que ce court, qui bénéficie lui aussi d’une programmation souvent exceptionnelle dans une atmosphère beaucoup plus intimiste et chaleureuse, méritait d’être valorisé. Ce sera l’une des principales nouveautés concernant l’expérience du spectateur, avec également des choses à attendre du côté de l’application.

« Un nouveau show d’entrée sur le court 1. »

Désormais, à l’approche du tournoi, tout le contenu artistique est prêt. Dans la dernière ligne droite, nous sommes très vigilants sur les forfaits de joueurs – donc les nouveaux entrants – puisque cela implique d’ajuster ou de créer les fiches qui sont ensuite diffusées en vidéoprojection. Il y a bien sûr une montée d’adrénaline, car le show est repris par les télévisions : on n’a pas le droit à l’erreur. Mais c’est une adrénaline qu’on doit contrôler, il faut faire preuve de sang-froid afin que tout se déroule parfaitement. »

Responsable de la logistique événementielle – FFT
François Chaigneau

« Le Rolex Paris Masters est un tournoi qui roule désormais, mais qui représente néanmoins chaque année un défi. Nous déménageons tout de même 120 personnes de la FFT qui s’installent pendant dix jours sur place.

Notre premier gros chantier concerne l’installation des terrains. Il y a en tout sept terrains à installer : les trois terrains de compétition à l’intérieur de l’AccorHotels Arena, deux terrains d’entraînement dans un grand dôme installé à proximité de la salle – nous commençons généralement par ceux-là, avant même la fin du dernier concert prévu le 19 octobre –, un autre terrain d’entraînement dans un gymnase de la rue de Poliveau (derrière la gare d’Austerlitz) et enfin un dernier dans le gymnase du ministère des Finances. 

Avec le service d’entretien des courts de Roland-Garros, nous nous occupons de poser les planchers, et nous nous coordonnons avec les équipes de Greenset pour la pose de la surface, qui prend un peu plus de temps car il y a des durées de séchage à respecter. Puis nous attaquons l’installation de tous les espaces éphémères : zone des joueurs, espaces VIP, centre de presse, etc.

Les terrains sont ouverts aux entraînements entre le jeudi (courts 1 et 2), le vendredi (central) et le samedi (courts extérieurs). Les services aux joueurs, eux, sont officiellement ouverts à partir du vendredi.

« Il faut aller très vite. »

La principale difficulté, c’est qu’on n’est pas chez nous. Cela implique beaucoup de réunions et de transport de matériel. Les planchers en aggloméré font tout de même 38 mm d’épaisseur, c’est donc lourd et fastidieux à transporter. Cela peut générer des imprévus aussi : imaginez qu’un camion de livraison se renverse sur le périphérique, par exemple ? Il faut toujours rester très vigilants. 

Avant les travaux de l’AccorHotels Arena en 2015, il fallait amener davantage de choses encore, notamment les cloisons et les chaises de loge. Depuis, la salle est devenue plus facile à travailler. Le central et ses abords se montent et se démontent très facilement. La contrepartie, c’est qu’il y a un peu moins de souplesse. Avant, toutes les zones éphémères étaient faites sur mesure. Aujourd’hui, il y a des espaces et du mobilier inamovibles, nous avons davantage de contraintes de hauteur sous plafond et de circulation. Nous faisons plutôt de l’aménagement et de la décoration. C’est plus léger.  

Il faut malgré tout aller très vite avant le tournoi et plus encore après. Dès le lendemain de la finale, les derniers camions doivent repartir avec le matériel. »

© FFT

Directrice de la marque, de la communication
et du marketing AccorHotels Arena
Laetitia Iriart

« Un événement comme celui du Rolex Paris Masters nécessite la présence de 20 à 30 personnes pour la partie opérationnelle et organisation uniquement (la technique, la régie, les responsables événement…). En réalité, ce chiffre est beaucoup plus important car il faut aussi prendre en compte les équipes d’accueil du public, la restauration, les hospitalités, les fonctions transversales… C’est aussi un événement un peu particulier car il mobilise toutes les équipes sur une période assez longue.

Dès la fin du dernier concert prévu le 19 octobre, la scénographie doit être entièrement démontée en quelques heures car nous commençons la mise en configuration dès le lendemain. Concrètement, il faut compter environ une semaine de montage et la salle sera prête pour le début des qualifications le samedi 26 octobre. La mise en configuration des gradins de la grande salle est plus ou moins automatisée mais nécessite tout de même l’intervention de plusieurs membres du personnel. Il nous faut aussi créer intégralement les courts annexes (1 & 2) et leurs tribunes dans la patinoire et le studio.

« Un événement un peu particulier. »

Avec les travaux de 2015, la salle a gagné en modularité notamment grâce à l’installation de gradins télescopiques télécommandés dans la grande salle. La manipulation des gradins est devenue plus automatisée, ce qui facilite grandement la mise en configuration d’événements qui demandent beaucoup de manipulations, comme c’est le cas du RPM.

La configuration de ce tournoi est un modèle de ce qui se fait de mieux en compétition : la FFT repense tous les espaces par le prisme du positionnement du tournoi. Le look & feel des espaces joueurs, des salons RP, la communication grand public, l’animation de la salle… tout est pensé et structuré autour d’un fil rouge qui rend l’ensemble cohérent et impactant. Le tournoi s’installe bel et bien, et prend possession des lieux en un temps record et pour une semaine, rendant l’expérience totalement immersive pour tous ses publics.  »

Responsable de la conciergerie
Pawel – Rolex Paris Masters
Pierre-Paul Monnet

« Nous sommes devenus prestataires de la FFT il y a dix ans, en 2009. À Roland-Garros, nous sommes quatorze et au Rolex Paris Masters, six car nous gérons moins de lieux dédiés : le Village, le Players Lounge et l’espace Loges & Salons. 

Notre métier est de tout faire pour faciliter la vie des joueurs, des invités et de leur entourage, avec le plus d’efficacité et d’amabilité possible. Le principe est de déménager la loge de conciergerie d’un palace à un lieu événementiel, en l’occurrence ici un tournoi de tennis. Je suis moi-même issu de l’hôtellerie de luxe et nous en reprenons tous les codes. J’étais d’ailleurs très content quand le groupe Accor a pris le naming de l’Arena. Pour nous, cela a un vrai sens !

« Nous avons privatisé le musée d’Orsay pour Djokovic. »

Nous gérons ainsi toutes les demandes, et cela implique énormément de choses : simples renseignements, réservations de restaurants ou de sorties diverses, flocages de tee-shirts des joueurs, achats de billets d’avions, demandes de passeports ou de visas, pressing, couture, cordonnerie, réparation d’écrans de portable… Il n’y a aucune limite, sauf celle de la légalité.

Il y a une grosse préparation logistique, nous arrivons avec plus de 600 kg de matériel que nous entreposons dans une pièce de l’Arena. À côté de ça, nous avons un immense réseau de professionnels qui peuvent répondre jour et nuit à nos demandes (coiffeurs, dentistes, etc.) et nous avons des contacts partout (administration, police, milieu de la nuit, de la restauration, etc.). C’est que nous avons parfois des demandes très incongrues ! Une fois, par exemple, on m’a réclamé du lait de chamelle pour un ambassadeur. J’ai remué tout Paris et j’ai fini par en trouver en poudre au consulat de Mauritanie ! Il s’est avéré que c’était une blague… Mais nous, nous ne supportons pas l’échec.

Du côté des joueurs, on est surtout dans la demande de service. Il nous est arrivé de privatiser le musée d’Orsay pour Novak Djokovic, qui est très féru de culture. Les gens se rappellent sans doute aussi de cette anecdote liée à Stan Wawrinka qui avait commandé un café en plein milieu de son match contre Nadal, en 2015. C’est moi qui était de service, ce soir-là. L’arbitre m’avait téléphoné pour commander un double expresso, que j’avais préparé sous la surveillance de l’ATP, qui s’assurait que je ne mettais pas de produit dedans. Puis j’étais entré sur le court en tenue de concierge. L’image avait fait le tour des réseaux sociaux. C’est peut-être la seule fois où l’on m’a vu à l’image, car une de nos priorités est d’œuvrer dans la plus grande discrétion.

Nous gardons aussi une certaine distance avec les joueurs. Il y a parfois des liens qui se créent, il n’est pas rare que des joueurs viennent nous saluer ou nous appellent pour nous remercier. Nadal, par exemple, a pris l’habitude de m’offrir sa raquette dédicacée à chaque fin de tournoi. Mais nous ne devons surtout pas les importuner. En revanche, notre service ne s’arrête pas au tournoi. Il arrive aussi régulièrement que des joueurs nous demandent quelque chose pendant l’année. Dans la mesure où ils n’abusent pas – et ça n’est jamais arrivé –, nous le faisons. Cela fait partie du package. »