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Haut en couleurs !

Coupe Davis 2019, Madrid / © Ray Giubilo

Vus du ciel, les courts et leurs couleurs attirent l’œil. Comme si une intervention divine avait coloré ces rectangles que nous aimons tant. Incolores au commencement, les courts se parent d’un éventail de couleurs infini.

Alors que le tennis entamait, aux confins des années 1990 une époque de transition stylistique, le vert monochrome dominait les courts en dur. Une dizaine d’années plus tard, le bleu est venu envahir le ciment, particulièrement sur le continent nord-américain. Dès lors, une identité, une marque de fabrique disparaissait au profit d’une autre. Mais voilà, la toute-puissante TV est entrée dans la danse, favorisant l’instauration de ce nouveau coloris.

Ces changements, on en retrouve les plus illustres exemples à l’US Open et l’Open d’Australie quand naguère les courts étaient peints en vert. C’est en 2005 que Flushing Meadows décide de franchir le pas. Et en 2008, c’est au tour de son égal australien. Depuis lors, une mode émerge jusqu’à en devenir une coutume qui se pérennise. Lors de la saison 2019, parmi les soixante-quinze tournois ATP et WTA sur dur (outdoor et indoor confondus), seuls neuf d’entre eux ne possédaient pas une dominante de bleu¹. Aujourd’hui, qu’il soit ciel, céruléen ou nuit, le bleu renvoie indiscutablement à cette surface rapide (qui, soit dit en passant, l’est de moins en moins).

La terre (battue) est bleue comme une orange

Exigeante physiquement, la terre battue est la surface lente par excellence. Au royaume de la glissade et des matchs au long cours, l’ocre fait figure de sacro-sainte couleur. Elle renferme en ses tons quelque chose du désert, de la Provence et de la Méditerranée, une explosion de couleurs chaudes. Locre est protéiforme selon les saisons, sa provenance ou son exposition aux rayons du soleil. Neutre, énergique ou chaleureuse, la matière autant que la couleur renvoient aux origines. Considérée comme le premier pigment utilisé par les hommes du Paléolithique, elle apparaît également sur de nombreuses peintures abstraites, évocations d’atmosphères brûlantes. Telle une rencontre de Coupe Davis en terres latines.

C’est en 2012 que Ion Țiriac, alors directeur général du tournoi de Madrid, décida de bouleverser l’ordre établi, à une époque où Suzanne Lenglen foulait, au gré de ses tenues les plus innovantes, les courts en ocre. Le coloris habituel qui parait les terrains de terre battue depuis près d’un siècle était contesté. L’indiscutable était discuté. De la terre bleue, une apparente élucubration était défendue corps et âme par les décideurs du tournoi. Outre les questions d’identité visuelle, c’est la perception de la balle améliorée de 28% pour les joueurs et 32% pour les spectateurs qui a justifié l’intronisation de ce bleu cobalt.

Au pays de l’ocre, le Mutūa Madrid Open décida de jouer avec les nerfs des figures majeures du jeu, surtout ceux de Rafael Nadal, habitué à l’ocre ardent qui selon les nuances, tire sur le brun violacé, le jaune et le marron rouge. Pour la plupart des joueurs et joueuses c’est le bleu qui pose problème, pour d’autres, c’est son manque d’adhérence. Ils pointent le manque de stabilité lors des glissades, mais remettent-ils réellement en cause la couleur ? « Je préfère un bleu plus foncé, peut-être même le violet. Le contraste avec la balle jaune ressort bien mieux, c’est juste plus facile de se concentrer sur la balle », constate Kim Clijsters. Avant d’ajouter que les balles à Roland-Garros « deviennent un peu plus orange » à mesure que le match avance, ce qui les rend « difficiles à voir (…) Je ne dirais pas que je préfère un terrain en terre battue bleue, parce que ce ne serait tout simplement pas naturel. »

Même si la couleur vive de la balle tranche avec le bleu de la terre, et même si le bleu se marie harmonieusement avec le gris métallique des courts, il ne représente en rien les ambiances chaudes et passionnées des tournois de terre d’avril à début juin. Malgré l’interdiction de jouer sur de la terre battue bleue proclamée par l’ATP, Ion Țiriac ne perd pas espoir et souhaite revoir « sa lubie » dans un tournoi professionnel. 

 

ana ivanovic IV

Le gazon terre sacrée au vert indélébile 

Faut-il alors que le tennis reste inflexible ou doit-il s’ouvrir à de nouveaux horizons de pigmentation ?

Dans un article du New York Times de 2011, les joueurs sont partagés entre le respect des traditions et leur confort visuel. L’hégémonie ancienne du gazon et sa couleur aussi indémodable qu’irremplaçable, voient depuis quelques années une prolifération de teintes émailler les autres surfaces. Or, personne n’a encore eu la folle idée d’ajouter un colorant à la surface végétale. Son usage peu répandu à travers le monde et sur les circuits professionnels peut représenter un réel frein. Tenter d’abimer la perfection d’un green anglais relèverait du sacrilège. Imaginons un instant un court en gazon de couleur grenat au Queen’s (cela parait complètement improbable, je vous l’accorde). Outre les considérations techniques et morales, peu de joueurs iraient bousculer leurs repères avant Wimbledon. Pourtant, certains mécènes pourraient y voir un fabuleux coup marketing en coloriant un court de tennis sur gazon. La surface reine rappelle les origines du jeu et Wimbledon en est son symbole le plus éclatant. Si l’on se réfère au cercle chromatique, le contraste le plus faible entre deux couleurs se situe entre le jaune et le vert. Justifier l’ajout de colorant serait donc tout a fait acceptable mais on irait à l’encontre du « naturel » évoqué un peu plus haut. Et ça, nous aurions pour la plupart, du mal à l’accepter. 

Le faible contraste de la balle avec le gazon et surtout à Wimbledon, dont l’atmosphère de chaque court est plongée dans des nuances de vert, peut faire rejaillir les défaillances de l’œil. D’autant plus quand le court est baigné de lumière naturelle. Mais on doute fort que Wimbledon transige avec ses traditions ancestrales. Plus que jamais bastion du tennis conservateur, le tournoi londonien a bâti sa réputation de résistant farouche au changement. En 2013, quand Roger Federer se présente dans son jardin, le Centre Court, avec des semelles colorées, on le prie gentiment de ne plus reproduire ce qui pourrait ressembler à un crime de lèse-majesté. Au match suivant, ses picots orange vif laissent place au blanc vierge de la moindre once de couleur. A Wimbledon, on ne badine pas avec la tradition ! Il semble donc peu probable que le gazon et la terre battue soient confrontés à des changements de couleurs à l’avenir. Le poids des joueurs ferait forcément barrage. À moins que…

Roger Federer et ses semelles orange, Wimbledon 2013 / © Ray Giubilo

L’identité comme maître mot 

Rassurez-vous, les visions d’horreur précédemment évoquées ne sont désormais qu’un lointain souvenir. En 2005, avant d’établir les couleurs que nous connaissons aujourd’hui, Arlen Kantarian, directeur général de la USTA (United States Tennis Association, pendant américain de la FFT) avait envisagé, dans un élan patriotique, de peindre les courts en bleu foncé et rouge vif (avec les lignes blanches, ces trois couleurs auraient représenté l’US Flag). Finalement c’est l’association du bleu au vert qui a été retenue pour les Masters du Canada, Cincinnati, Washington, Atlanta en plus de l’US Open. C’est ainsi que l’identité visuelle des courts de tennis nord-américains naquit. Du moins pour les tournois disputés de juillet à septembre. Le reste de l’année, une myriade de couleurs embellit les stades : du gris monochrome à New-York, du bleu à Delray Beach ou encore l’alliance du bleu roi au bleu céleste dans l’antre de l’équipe de football américain, les Dolphins de Miami.

Il existe un événement qui rassemble les légendes (anciennes et actuelles) du jeu l’espace d’un week-end, un événement où on a vu Nadal et Federer disputer un match de double ensemble. La Laver Cup a permis de voir le court le plus noir jamais imaginé. Entre la fin du Moyen Âge et le XVIIe siècle, le noir n’était plus considéré comme une couleur, à l’instar du blanc. La réforme protestante et les progrès scientifiques les avaient chassés du monde des couleurs. Sous limpulsion de Rousseau et de Goethe, le vert et le bleu étaient à la mode. Le noir couvait dans lombre et attendait son heure. Au terme de la période romantique, le noir recouvre alors le cœur des poètes du XIXe siècle. Un autre artiste, deux siècles plus tard, reconnaissable à son revers à une main, s’en empare pour accoler une identité à « son » tournoi : Roger Federer a choisi l’élégance du noir, aux teintes grisâtres une fois les projecteurs braqués sur le court. Le contraste frappant avec les lignes blanches plonge le court dans une atmosphère inédite. En 2017, en marge de la compétition, Dominic Thiem reconnaissait ses difficultés à distinguer la balle aux entrainements avant de plaider en faveur d’autres courts noirs lors de tournois ATP. C’est ainsi que les officiels de l’ATP 250 de New-York ont emboîté le pas en adoptant une pigmentation sensiblement proche de celle de l’exhibition par équipe. Mais les organisateurs de la Laver Cup l’assurent, il ne s’agit que d’une pâle copie du noir charbon utilisé à Prague, Chicago ou Genève. 

La couleur des courts revêt donc une importance fondamentale. Mais on peut pousser le débat jusqu’à des paramètres souvent éludés. Quid de la luminosité, de la couleur des panneaux publicitaires ou des sièges ? Certains sont sensibles à des couleurs plutôt qu’à d’autres. Ce n’est pas pour rien si les meilleurs joueurs se rendent suffisamment tôt (s’ils en ont la possibilité) sur les installations des tournois. Pouvoir s’entraîner dans des conditions quasi-similaires à celles de la complétion relève d’un luxe, que seule une poignée de joueurs peut s’offrir. On comprend aisément que Rafael Nadal arrive chaque année le jeudi précédent le début de Roland-Garros, soit en général cinq à six jours avant son premier tour, avec au minimum six entrainements dans les jambes. Il est coutume de dire que les meilleurs sont souvent « prenables » lors des premiers tours : sont-ils réellement moins performants en début de quinzaine qu’à son terme ? Nul ne le sait. Ils n’ont généralement pas besoin de déployer leur arsenal de guerre au début pour s’imposer. Mais alors pourquoi sont-ils éventuellement accessibles pour des protagonistes aux ambitions en apparence modestes ? Diverses raisons entrent en ligne de compte. S’acclimater à une atmosphère, habituer l’œil à percevoir et rétablir des repères sont des premières sources d’explication. Passer du décor poussiéreux de la brique pilée à l’univers verdoyant qu’est le gazon en quelques heures, demande des adaptations d’ordre stylistique, tennistique et indéniablement visuel. 

Des courts multicolores, de la terre battue bleue, des duos de couleurs improbables… Prétextant souvent un intérêt vertueux, certains, par le passé, ont osé franchir des limites que l’on pensait infranchissables. Le tennis et ses valeurs conservatrices ont été bafouées mais jamais au point d’être complètement balayées. Peut-on imaginer dans un avenir proche un court irisé de blanc, des lignes noires et une balle orange ? Pire, un logo publicitaire à l’intérieur même des délimitations du terrain. Difficile de prédire de telles folies, le futur (et le mauvais goût) attendra.

Coupe Davis 2019, Madrid / © Ray Giubilo OPENING CEREMONY Photo © Ray Giubilo 2019

¹ Les tournois ne présentant pas de bleu (ni à l’intérieur des limites du court, ni en dehors) en 2019 :
ATP : Rotterdam (deux nuances de vert), New-York (monochrome de gris), Shanghaï (violet et vert), Bercy (vert et gris).
WTA : Osaka, Tashkent (vert et orange), Linz (deux tons de gris), Tianjin (violet et cert), WTA Finals (rose et gris).

Melle van Gemerden 

« Contrairement au tennis, l’art n’a pas de règles »

© Melle van Gemerden

« Je suis né en 1979 à Amsterdam. J’ai battu Novak Djokovic au premier tour d’un Future en Hongrie quand il avait seize ans. J’ai ferraillé avec une version un chouïa moins zen du Swiss Maestro en double chez les juniors. J’étais au rendez-vous du deuxième tour de Wimbledon en 2006 avant de devoir abruptement mettre fin à ma carrière de joueur. J’ai travaillé comme sparring-partner avec Ana Ivanovic alors qu’elle était tenante du titre à Roland-Garros. À côté de mes activités de coach à la Fédération néerlandaise de tennis, je revisite mes souvenirs liés au monde de la petite balle jaune à travers des peintures que je publie sur mon compte Instagram. Je suis, je suis… ? » Si Julien Lepers nous avait posé cette question dans la version Skype de Questions pour un champion qui finira bien par exister, confinement oblige, on avoue bien volontiers qu’on serait resté sans voix. En fouillant dans nos archives mentales, après avoir rapidement écarté Richard Krajicek et Martin Verkerk, on serait peut-être tombé sur Sjeng Schalken, Raemon Sluiter, Paul Haarhuis, Peter Wessels ou encore John Van Lottum. Tout en sachant qu’on était probablement aussi loin du compte que Dustin Brown d’un quadruplé Monte-Carlo – Madrid – Rome – Roland-Garros. Et ce n’est pas faute d’avoir été un élève assidu, toujours assis au premier rang pour suivre les cour(t)s magistraux dispensés par les doctes professeurs de la planète tennis depuis presque vingt ans. 

© Melle van Gemerden

C’était avant de rencontrer Melle van Gemerden. L’ancien numéro 1 hollandais au sourire communicatif nous accueille dans son salon de Marbella, dans le sud de l’Espagne. Reposez ce téléphone, aucune frontière n’a été franchie illégalement et la distance sociale de rigueur (1766 km devraient faire l’affaire) était bien entendu respectée puisque c’est bien via FaceTime que cette entrevue a eu lieu. « Faites comme chez vous » n’aura jamais pris autant de sens que ces derniers temps au moment d’accueillir des convives pour l’apéro. Il nous remercie de lui accorder un peu de notre temps, même si on a la vague impression que les rôles sont étrangement inversés par la grâce de sa politesse. Dans ce nouveau monde où les simples prémices d’une ébauche de contact physique accidentel au supermarché vous fait presque sursauter, la douceur de l’homme est pour le moins rafraîchissante.

© Melle van Gemerden

Djoko, le coaching sauvage et le GOAT

Les souvenirs du joueur sont vivaces, même si l’univers qu’il décrit est en stand-by depuis plusieurs mois, sans perspective d’avenir claire et une ligne de conduite aussi limpide que celle de Benoît Paire dans un set décisif. Qu’à cela ne tienne. Les anecdotes s’empilent à un rythme aussi soutenu que les conquêtes de Martina Hingis dans les années 90 – on parle évidemment de trophées, qu’alliez-vous imaginer ? Quand on lui dresse la liste des joueurs de renom qu’il a eu l’honneur d’affronter (Nikolay Davydenko, Juan Carlos Ferrero, Juan Martin Del Potro…), il nous coupe et nous annonce qu’il a surtout affronté (et battu) une version adolescente de Djokovic à Hódmezővásárhely (à vos souhaits !) en 2004. « Je me souviens bien que son entraîneur était assis le long de la ligne et il le coachait sans arrêt », s’amuse notre interlocuteur. Pas le temps de rebondir sur ce fait de match pour le moins croustillant qu’il embraye déjà sur sa confrontation avec le GOAT Roger Federer, dans une autre vie (a priori en 1996 ou 1997). « Mon coach de l’époque m’a dit : “Ce gars sera numéro 1.” Il avait tendance à perdre son calme en ce temps-là, mais on le voyait déjà. En ce qui concerne Djokovic, c’était un bon joueur, mais je n’aurais pas pu prédire qu’il irait aussi loin. Quant à Del Potro, il pouvait frapper des coups gagnants dans des positions qui vous faisaient dire qu’il était spécial. » 

Lorsqu’on lui demande d’isoler le plus grand moment de sa vie de joueur, Melle hésite. Il y a bien sûr cette victoire au premier tour de Wimbledon en 2006, la seule de sa carrière en Grand Chelem. Celle qui lui a permis d’atteindre son meilleur classement, pile 100e mondial. Cette consécration est toutefois assortie de douleurs dorsales qui l’ont empêché de défendre ses chances au tour suivant face à Mardy Fish, ces mêmes douleurs qui le forceront à passer sur le billard à plusieurs reprises et à ranger définitivement ses raquettes. Comme un symbole, alors qu’il avait atteint tous ses objectifs initiaux (« être top 100 et jouer des tournois du Grand Chelem »). « Ma carrière s’est terminée exactement au moment où tout cela est arrivé, nous glisse-t-il. C’est pour cela que je dis à mes joueurs d’avoir des objectifs élevés. De ne pas s’arrêter au top 100, de voir plus haut. » Il y a aussi cette première qualification pour un tournoi majeur en 2005 à Melbourne, « ce moment où vous pouvez appeler vos parents au milieu de la nuit pour leur annoncer que vous vous êtes qualifié pour l’Open d’Australie. » Ou encore l’honneur de défendre les couleurs de son pays en Coupe Davis et ce titre au Challenger de Scheveningen face à Kristof Vliegen, toujours en 2005. 

On le branche sur sa retraite forcée. D’après nos recherches, c’était en 2014. Le sympathique Néerlandais fronce un sourcil. « Je me suis reconverti en sparring-partner en 2008… » Et soudain il comprend. « Le joueur avec lequel je travaillais (Thiemo de Bakker) nous inscrivait toujours comme équipe de double potentiellement éligible comme lucky loser. Nous avons fini par miraculeusement entrer dans le tableau principal d’un tournoi aux États-Unis (à Houston), mais je ne jouais plus depuis longtemps. » Bien aidé en cela par la description de notre hôte, on imagine aisément les visages des paires qui avaient omis de s’inscrire sur la liste des repêchages, aussi défaits que l’équipe de France un jour de finale lilloise. Les deux compères avaient même opposé une farouche résistance au solide duo Krajicek/Venus ce jour-là (toute ressemblance avec des personnages autrement plus célèbres existant ou ayant existé serait évidemment purement fortuite). Malgré cet épisode tardif, ce chapitre de la vie de Melle van Gemerden s’était donc bien refermé depuis des années en cet an de grâce 2014, et ce malgré quelques tentatives infructueuses de retour à son niveau de 2006. Il avoue d’ailleurs depuis lors un respect plus marqué pour les Rafael Nadal de ce monde qui, tels des Sisyphe de la raquette, ont la force mentale de remonter la pente encore et encore après de multiples blessures.

© Melle van Gemerden

Ana Ivanovic et les paparazzi dans les buissons

Si Melle van Gemerden est contraint et forcé de dispenser ses enseignements à ses ouailles bataves via Zoom en ces temps troublés, il n’en a pas toujours été ainsi. L’ancien joueur au tempérament offensif n’en est en effet pas à son coup d’essai dans le coaching. Sparring-partner de l’ex-numéro 1 mondiale serbe Ana Ivanovic entre 2008 et 2009, il nous avoue que la vie de l’autre côté de la barrière est autrement plus stressante, au-delà de la tunnel vision dont un joueur peut parfois se contenter. « Une fois que votre joueur/joueuse est sur le court, c’est hors de votre contrôle, la plupart du temps vous n’avez pas le droit d’intervenir », n’en déplaise à certains acteurs et spectateurs de la finale de l’US Open 2018. « Quand vous faites partie de l’équipe d’Ana Ivanovic, vous mettez les pieds dans la partie glamour du tennis. Nous nous préparions pour l’Open d’Australie sans avoir dit à personne où nous allions et les paparazzi étaient au courant. Ils étaient là, dans les buissons, ils prenaient des photos. Quand vous arrivez au plus haut niveau, ce n’est plus seulement du tennis, c’est aussi tout le cirque qu’il y a autour. » La première levée du Grand Chelem de l’année 2009 est aussi l’occasion pour lui de se rapprocher du clan de Fernando Verdasco, avec qui il commencera à travailler après le tournoi. « J’étais dans le stade lors de sa demi-finale face à Nadal », nous raconte-il, les yeux encore brillants onze ans plus tard. Vous vous en souvenez certainement également, c’était l’époque où il fallait prétexter un mal de tête soudain pour annuler un rendez-vous avec des potes et pouvoir rester scotché devant un match en cinq sets épique un vendredi après-midi de janvier. Plus rien de tout cela ces mois-ci. Ni tennis, ni vie sociale trépidante.

Mais que fait donc notre homme aux multiples casquettes de ses journées de confinement, une fois ses vidéoconférences pédagogiques terminées ? Tel un Roger Federer au pays des tulipes, il allie tennis et art. Inspiré par le chantre du pop art britannique David Hockney, entre autres influences, il alimente son compte Instagram et son site Internet avec ses nouvelles créations. « Je prends beaucoup de photos et ensuite je dessine sur ma tablette ou mon téléphone. J’essaie de montrer les différentes cultures et atmosphères que je rencontre sur les courts du monde entier, représentées par des couleurs. Je peux le faire quand je veux. Pendant une interruption due à la pluie ou encore si mon joueur est en train de se reposer. Je fais cela plutôt que regarder la télévision. » Il a désormais encore plus de temps pour s’adonner à son autre passion. « Contrairement au tennis, il n’y a pas de règles, cela fait du bien par moments », ajoute-t-il encore. Des règles, le marché de notre monde capitaliste en a toujours, même en sous-régime comme ces derniers mois. En tant qu’artiste indépendant, Melle Van Gemerden risque bien de payer son style de vie au prix fort si la situation sanitaire ne s’améliore pas bientôt, comme tant d’autres travailleurs qui n’ont pas la chance de voir leur salaire mensuel tomber avec la régularité des frappes du fond du court d’une icône suédoise des années 70. D’autant que, comme de plus en plus de voix influentes dans le milieu, l’Amstellodamois exilé sur la Costa del Sol n’est pas très optimiste quant à un retour du circuit à la normale avant le début de la saison 2021. Son inspiration artistique, hautement dépendante de ses expériences sur les terrains de jeu des quatre coins du globe, risque également d’en pâtir à terme.

Avec lui, Il ne nous reste qu’à espérer que la caravane du tennis mondial puisse très bientôt s’ébranler à nouveau. Au terme de près d’une heure d’interview à bâtons rompus, Melle Van Gemerden, fidèle à lui-même, n’oublie pas de nous demander comment nous allons et comment nous gérons cette crise de notre côté. On met fin à l’appel avec le sentiment d’avoir fait la connaissance d’un type bien. Quelques minutes plus tard, alors qu’on se demande déjà par où commencer ce portrait aux multiples facettes, on est interrompu par un « ding ! » sonore. En guise d’ultime clin d’œil malicieux, l’Andalou d’adoption nous informe, capture d’écran à l’appui, que le scalp de Stan Wawrinka fait aussi partie de sa collection. C’était le 29 avril 2002 en qualifications du tournoi Future d’Esslingen, sur terre battue. La seizième tête de série néerlandaise s’était imposée en deux sets face à celui qui venait à peine de fêter ses 17 printemps. Exactement la moitié de son âge actuel et une fraction du palmarès qui l’accompagne. Personne ne lui avait encore dit que ses performances, tant en Grand Chelem qu’à l’apéro en live sur les réseaux sociaux, en feraient une légende du tennis helvétique. Bref, si avec tout cela vous n’êtes pas prêts à participer à Questions pour un champion 2020 : spécial distanciations sociales… 

© Melle van Gemerden
© Melle van Gemerden

The Meeting of

Melle van Gemerden’s Art and Tennis

© Melle van Gemerden

Melle van Gemerden like many ex-professional tennis players has stayed in the sport. He has however separated himself from that crowd by doing something utterly unique. Alongside his status as a coach to a younger crop of Dutch players, Melle explores a world of vibrant colours – in part inspired by rebel artist David Hockney – inserting tennis courts from various angles into iconic settings with trees, hills, fields and multicolour stands, thereby ensuring a new dynamic light is brought to the art of the sport. 

These recent creations of vivacity a la Hockney, just one of his series of prints, are a welcome contribution to the worlds of both tennis and art as the two collide gloriously. Additionally, these are dreary and challenging times and he has added a refreshing splash of inspiration and made us dream of tennis set in an altogether spellbinding and strange parallel dimension. 

Art like tennis is a part of Melle’s life and has been since his formative years, in which he grew up with his parents collecting artworks from the De Stijl movement and with a fascination for the surrounding neighbourhood architecture by Berlage, owing to his mother’s love of art and design. He was also introduced as a child to a more physical domain and the world of tennis by his father. Now the two passions have once again come together in a natural but startling union, flourishing entwined in a symbiotic relationship of great beauty, acknowledging the common traits of a tennis court and the aforementioned artistic movement and architectural influences. Melle’s wife is a freelance designer and artist, ensuring there is no doubt as to creativity being a huge part of his family’s daily life. He mentions Mondrian and several others, and you can see the influence, whilst still sensing something new and fresh in his modern-made craft.

© Melle van Gemerden

Hailing from Amsterdam, where his family resided near the museum square, and now based in Marbella, van Gemerden’s promising tennis career was hampered by a back injury that led to hernia operations and eventually put his time as a professional player to bed. He had attended Grand Slams (reaching round two at Wimbledon in 2006 before injury had struck) in a playing capacity and peaked as high as 100 in the world. While he now coaches – with his transition into coaching something he attributes to his good friend Sven Groeneveld – and has a positive impact on a new generation of hopefuls, he has always had further interests than those simply within the sport. His art works are faithful to the sport, whilst introducing several other inspirations upon him, branching out as he acquires the wisdom of life, always retaining the positive and resilient notion that the best is yet to come. He enjoys coaching, stating that it is a great feeling to aid players in winning, but his craft beyond the court shows an unexpected dimension to the sport that had remained previously hidden.

Tennis is structured, has algorithms and fixed rules; art is open and provides limitless opportunity to explore. This latest Hockney-influenced series was started when the lockdown kicked in and brings a strong sense of brightening gloomy and uncertain days. Hockney’s use of an iPad to make art, as well as many other tools, was an attractive proposition to van Gemerden, for whom it clicked that he as a travelling coach could work on his own new digi-scapes in between coaching sessions, matches, and in downtime for players. It was a revelation that he could make art on the go, and anywhere at all – surely the ultimate symbol of our times. Melle uses his iPhone and draws with his finger. Each image is a diary entry in Melle’s life, a collection of digitally bottled memories that are building into a fascinating oeuvre of the Dutchman’s work.

© Melle van Gemerden

It doesn’t end there, and if a tennis court can be imagined in a different way, perhaps floating in space, through a kaleidoscope of cracked magic, as the pages of a book, blossoming and ever transforming, then Melle can do it, and his numerous different series of artworks so far attests to that.

His ‘Fractured’ series focuses on the current state of the world and echoes with familiarity, having an immediate impact on the spectator. It almost moves before the eyes, broken shards of tennis courts representing life in an endless maze of obstacles. 

Melle is an affable man who talks freely about the two passions that he is now managing so well to combine. He possesses an excitement regarding the future and his desire to have a studio space in which to truly get his artistic hands dirty making sculptures and more traditional paintings. Melle’s art is striking, full of rich and classy angles, expanding the tennis universe. His blue eyes pierce me as we discuss his work briefly, making me think he can see through me to what lies behind my own face. Those same eyes have seen and fashioned a distinctly bright world in which tennis is set in a melded half-painting and half-cartoon dreamscape, a mind-blowing modern place. Melle is passionate, motivated and everything that has come before has constructed a valiantly fashioned contemporary artist with the lessons of tennis and the accompanying hardships aiding in contributing to his expedition into the art world. 

© Melle van Gemerden

A digital painter who then sets the works using archival ink on paper at a specialist printer in nearby Málaga, Melle has amassed over one hundred pieces of his vivid art, selling some to art collectors but otherwise retaining the secret of his creative foray until now. With the ‘Ode to Hockney’ series, van Gemerden’s work makes its exclusive premiere, reaching towards the planets of tennis and art from the very pages of their collective soul. 

For now, Melle’s designs are a perfect snapshot of a time and a place, memoirs of, if you will, the tennis courts of the world in all their special glory, be they at the lower level events or the more renowned venues and stadia of tennis. The prints take him back in time to tournaments and locations, each court part of the landscape of his own personal history. You get the feeling if he captured the same court on a different day, it too would look unique again, just as the contrasting moods of a person shift as we move through life and evolve and no two days are the same for us either.

Inspired by his peers in both art and tennis, Melle drops a quote from Romanian sculptor and painter Constantin Brâncuşi that “simplicity is complexity resolved”. It is incredibly succinct and is perhaps the perfect encapsulation of the Dutchman’s work. Do not forget, he is just getting started! While Melle hopes the future holds further opportunities to expand into his own artistic sphere, he assures me that tennis will always be a part of his life. 

© Melle van Gemerden
© Melle van Gemerden

Le fessier de Rafael Nadal

© Antoine Couvercelle

La patrie, l’honneur, la liberté, il n’y a rien : l’univers tourne autour d’une paire de fesses, c’est tout…” – Jean-Paul Sartre

Dans toute l’histoire de l’art et même de l’humanité, chaque partie du corps a été doctement étudiée et compte assurément ses admirateurs fétichistes, mais aucune d’entre elles n’a su faire l’unanimité et inspirer comme le fessier. En effet, ce délicieux objet du désir aux formes saillantes et à la rainure profonde est désormais ancré dans notre culture. Pourtant souvent défini comme obscène par la bien-pensance, le derrière fait aujourd’hui sensation dans les principaux musées occidentaux et autres lieux historiques : il y a les cuisses abondantes de la Vénus de Milo au Louvre à Paris, le derrière athlétique de l’Hercule Farnèse au Museo Nazionale de Naples, Les Trois Grâces de Rubens au Prado de Madrid ou encore l’imposant Rafael Nadal à Roland-Garros…

Ce dernier n’est certes pas constitué de bronze ou de marbre, mais il exerce une telle domination aux Internationaux de France qu’il emprunte aisément à ces statues leur caractère mythique et mystique, impressionnant, permanent et inextricable. Et leur attribut callipyge. Tout comme la mystérieuse Vénus d’Ille de Mérimée, c’est une sorte de statue qui se déplace avec une agilité déconcertante. Les jambes fléchies, il glisse sur les courts laissant transparaître, sous son short paraissant trop petit, un fessier à la courbure et à la musculature incroyablement parfaite. Un fessier à l’honneur lors de shooting photo pour les plus grands créateurs d’aujourd’hui, de Giorgio Armani à Tommy Hilfiger, bien loin de sa timidité habituelle on peut le voir poser à demi-nu, prenant la posture du penseur d’Auguste Rodin exposant ainsi une part de son intimité. 

Une fondation rebondie, solide et parfaite pour l’ocre

Bien que l’aspect esthétique soit indéniable, il est à se demander si il ne cacherait pas un aspect autrement plus technique qui relèverait du domaine de la physiologie. Il est effectivement fort possible que cette caractéristique soit la fondation solide et parfaite permettant une émancipation supérieure de la pratique du tennis et plus précisément, la pratique du tennis sur terre battue. 

La surface orange est assurément celle qui va le plus solliciter le bas de corps et plus particulièrement le muscle le plus puissant, à savoir le fessier dans toutes ses composantes. Particulièrement technique, nécessitant à la fois glissades et ancrage au sol, elle fera appel aux grand et moyen fessier permettant la stabilisation – ou l’équilibre – mais aussi au petit, responsable du maintien du bassin. Ils sont les piliers sur lesquels reposent bien des mouvements : le balancement générant de la puissance à partir de nos hanches, et principalement grâce à votre grand fessier mais aussi l’accélération dans laquelle une extension de hanche puissante est impérative à la mécanique du sprint. Il y a également le saut et la frappe. Rafael Nadal maîtrise tous ces mouvements mieux que n’importe qui.

Si on l’on s’en réfère à l’infiniment riche et intemporel diagramme de « l’Homme de Vitruve » de Léonard de Vinci qui a pour principale vocation de montrer à travers la science et l’art, la perfection du corps humain et notamment de véhiculer l’idée que l’homme est le modèle géométrique idéal pour l’architecture, on peut naturellement se poser la question suivante : et si la forme géométrique du derrière de l’Espagnol était le modèle idéal à la pratique du tennis sur terre battue ? Et si son fessier était l’une des clés de son éternel succès sur ocre ?

Rafael Nadal, Monte-Carlo 2021 / © Antoine Couvercelle

Gilles Simon :

touché par la grâce

 

Gilles Simon, Roland-Garros 2009 / © Ray Giubilo

Curieux et fascinant personnage que Gilles Simon… Bien qu’il soit un homme de son temps, il y a dans sa structure physique et sa façon d’être une force poétique, quelque chose d’absolument grand, vertigineux et intemporel que l’on ne retrouve que dans certaines œuvres des arts picturaux. Sa grâce naturelle, son teint pâle et délicat, ses cheveux châtains ayant tendance à boucler, son regard profond intensifié par des yeux d’un insaisissable bleu clair tendant vers le vert, et son corps à la structure et à la musculature quasi-christique évoquent effectivement quelques personnages mythiques représentés dans des œuvres de la Renaissance. Fort d’une certaine finesse de corps et d’esprit, ses airs de vieil éphèbe lui donne une féminité virile peu commune qu’on retrouve notamment de manière symptomatique dans les représentations androgynes de l’artiste Michel-Ange ; à défaut d’être son amant, le Français aurait très bien pu être l’une de ses muses et lui servir de modèle.

Il est d’une incroyable beauté, une étrange beauté qui s’affranchirait presque, surtout dans ses plus jeunes années, des âges et du genre. Une beauté se rapprochant de la « perfection », où du moins l’idée que s’en faisaient Michel-Ange ou Léonard de Vinci. Ils la recherchaient constamment et arrivaient admirablement à l’extraire dans quelques-unes de leurs œuvres. Celle-ci est davantage flagrante lorsque Gilles Simon se déplace sur un court de tennis et exécute certains de ses gestes. Il n’est pas un joueur dont le jeu repose sur la force ou la puissance, il est au contraire très agile et possède une grâce infinie que l’on remarque notamment dans ses déplacements vifs et délicats nous donnant l’impression qu’il court sur nuage et qui nous renvoient là encore à une certaine féminité, mais aussi à des périodes tennistiques bien lointaines.

Cette grâce peu commune, on l’aperçoit également dans son revers et ses fameux passings en bout de course, les gestes sont exécutés dans un tel relâchement, une telle précision que pendant un temps très limité celui-ci semble s’allonger en même temps que le geste, lui, se prolonge à l’infini pour enfin se multiplier et atteindre une sorte d’état de grâce d’une pureté absolue. Une pureté rare dans le geste que l’on peut comparer à celle présente dans les fresques ornant divinement le plafond de La Chapelle Sixtine. Là-bas aussi les bras se tendent continuellement, les poignets se relâchent pour effleurer du bout des doigts les cieux renfermant La Révélation.

Gilles Simon, Indian Wells 2013 / © Ray Giubilo Gilles SIMON (FRA) Photo Ray Giubilo

Santé, Benoît !

Benoît Paire, Wimbledon 2019 / © Antoine Couvercelle

Suite à sa récente tournée américaine, où il a perdu pied psychologiquement, Benoît Paire a été la victime d’un bashing à répétition. Ça suffit !

Tweets, podcasts, discussions sur zoom, commentaires ici ou là, le tribunal tennistique du web s’est trouvé une nouvelle tête de turc, pour ne pas dire un nouvel accusé : Benoît Paire, le déprimé de la COVID-19, dont la récente feuille de résultats ressemble à s’y méprendre à celle de l’Olympique de Marseille, son club de cœur, en Ligue des champions. Mais plus que ses échecs à répétition, c’est son défaitisme sur le court, doublé de ses provocations sur les réseaux sociaux, qui a renforcé l’ire de nos chers commentateurs numériques : “Il faut le suspendre”; “L’ATP doit lui infliger des amendes” ; “Son attitude est intolérable” ; “Son comportement nuit au tennis” ; “S’il n’y a pas d’envie mutuelle entre Paire et le circuit, qu’on l’éjecte” ; “Quand les jeunes voient que tu peux faire ça en toute impunité, ça me pose problème”. “Il tombe dans l’indécence, il donne une mauvaise image du tennis” ; “Ce qui n’est pas normal, c’est de ne pas se battre.” Et patati et patata… Pour les redresseurs de torts, qui l’ont en travers visiblement, c’est la régalade. Tirer sur une ambulance, quelle élégance… Pour le sens de la nuance, on repassera. Bref…

Assister ainsi à la noyade d’un joueur, parce qu’il n’arrive pas à gérer les contraintes liées à la situation sanitaire, est surtout très triste. Pour Benoît Paire, le début de cette descente en enfer remonte au dernier US Open où un contrôle positif à la COVID-19 l’a contraint à un isolement de 15 jours dans sa chambre d’hôtel. Une cassure dont il ne s’est jamais remis. Et parce qu’un malheur n’arrive jamais seul, en partance pour l’Open d’Australie, il s’est retrouvé dans l’un des trois avions où un cas positif a été identifié, entraînant la mise en quarantaine stricte de tous les passagers à l’arrivée. Nouvel enfermement. Et le sentiment de s’être fait mener en bateau par les organisateurs du tournoi.

Le moral dans les chaussettes mais avec l’espoir de respirer un peu mieux, Benoît a ensuite pris la direction de l’Amérique. Du Sud pour commencer (Cordoba, Buenos Aires, Santiago),  Centrale ensuite (Acapulco), et du Nord pour finir (Miami). Cinq tournois, une seule victoire au compteur, et surtout des fins de match balancées, des prises de bec avec l’arbitre, des jurons, un crachat sur une marque, un air parfois hagard ou absent lors des changements de côté, et des bras levés comme s’il avait gagné, après l’ultime défaite de cette tournée, comprenez, “ça y est, je suis libéré”. 

On avait surtout ici l’image d’un type malheureux, qui a tenté de faire son boulot, certes mal – mais à qui n’est-ce pas arrivé ? – et, parce qu’il est quelqu’un de plutôt sensible, il n’a pas supporté les critiques des donneurs de leçons. D’où, en réponse, quelques provocations digitales comme le rappel du prize money global de sa carrière – 8 554 816 dollars à ce jour – avec ce commentaire : “Finalement, ça vaut le coup d’être nul.” 

Non mais franchement, qu’on lui foute la paix, à Benoit Paire ! Un joueur de tennis mène sa carrière comme il l’entend et ne doit à rien à personne. Il ne s’est jamais vraiment entraîné ? Et alors ? C’est ainsi qu’il a atteint le 18e rang mondial et gagné trois tournois ATP. Son hygiène de vie est contestable ? Qu’est-ce que ça peut faire si sa constitution le lui permet. Il pète les plombs à la première contrariété et balance des “la chaaaaatte qu’il a…” À qui n’est-ce jamais arrivé de s’énerver sur un court, de mal se comporter ? Il y a finalement du Benoît Paire en chaque joueur de tennis amateur. Benoît, c’est un joueur de club ultra-doué, égaré sur le circuit ATP. Et puis, surtout, lorsqu’il joue, il y a de la joie, des frustrations (ah, ce satané coup droit), des cris, des coups de tennis qui ne sont pas dans le manuel, des cagades aussi, bref, des émotions, de la vie ! Mais si vous préférez suivre un Roberto Bautista Agut – Kevin Anderson, libre à vous. S’il faut bannir l’uniformité dans le jeu, réjouissons-nous aussi d’avoir encore sur le circuit quelques personnalités qui marchent parfois en dehors des clous. 

Ce qui fait le carburant de Paire, c’est aussi le public. Cette âme sensible aime épater la galerie et recevoir de l’amour. Dans le monde d’aujourd’hui, les tribunes sont vides, tout comme les players lounges. Alors oui, il ne se sent plus à sa place. Mais il ne l’a pas volée. Si Paire peut disputer ces tournois, c’est grâce à son classement, conséquence de bons résultats passés. Les dollars qu’il a remportés cette année (150 000 à ce jour), il ne les a donc pas volés. D’où quelques jalousies, notamment parce que Benoit a bénéficié du gel du classement ATP pour cause de pandémie, ce qui lui a permis de se maintenir dans le top 30 malgré son absence de performances probantes. Là encore, il n’est pas responsable d’une décision qui a profité à tous les joueurs. Mais que ses détracteurs chéris se rassurent, si Benoit ne se reprend pas, son classement finira par chuter avec les conséquences que l’on sait, le dégel définitif du classement masculin devant intervenir cet été, à priori. Paire est actuellement 160e à la Race. On devrait le revoir à Monte-Carlo, à partir du 10 avril. 

La seule fois où l’on peut considérer que Paire est sorti du cadre, c’était lors des JO de Rio. En équipe de France, il ne joue plus seulement pour lui, évidemment, il a des devoirs. Mais de cette sortie de route, il a appris. Et lors de son passage en Coupe Davis, bien entouré par Yannick Noah et ses potes, il fut absolument exemplaire. En dehors comme sur le court. Preuve qu’il sait évoluer. Et aussi s’excuser comme il l’a fait récemment auprès du comité d’éthique de la FFT, qui s’était ému de son comportement à Buenos Aires. Un comité dans son rôle, mais également compréhensif, puisque le joueur français n’a pas été sanctionné. La FFT plus souple et ouverte que nos petits procureurs on line, ça aussi, ça mérite d’être souligné ! Allez, à la tienne, Benoit !

Stefan

le gentleman chic

Par Louis Castellani

Traduit par Christophe Thoreau

© D.R

Calme, contrôlé, mesuré. Cheveux blonds, yeux bleus, bronzage permanent. Sympathique, discret, courtois. Un Suédois sans prétention, au charme tranquille et à la parfaite maitrise de l’anglais. Et une fidélité de toujours à Adidas et Wilson -encore aujourd’hui –  l’exemple de la relation parfaite dont rêvent toutes les marques. Le parfait contraire de son meilleur ennemi, Boris Becker. Stefan Edberg ou le “gentleman player”, chouchou des jeunes femmes aux grands-mères.

Mais au-delà du caractère ou de l’apparence, Edberg était surtout et avant tout un joueur portée vers l’attaque, la vraie. Fut-il Suédois, il n’a pas suivi les traces de ses compatriotes Björn Borg et Mats Wilander, champions de la guerre d’usure en fond de court, rois-es défense, cadors de la contre-attaque. Non, Edberg était le prince du tennis offensif. Un maestro du service-volée. Un génie de la filière courte dont la première pierre était ce grand service “kické” qui lui donnait à la fois du temps pour se ruer au filet, et bien souvent, des retours exploitables pour distiller, souvent de manière chirurgicale, sa première volée. 

Et puis il y avait aussi ce revers à une main, modèle d’élégance et de fluidité avec lequel il pouvait maitriser son adversaire, soit en slice, soit en le recouvrant. Affronter Edberg, c’était à peu de chose prêt la même chose -ou le même calvaire- qu’affronter John McEnroe. Aucune violence mais un supplice quand même, létale.   

À certains égards, Edberg n’était pas si gentleman que ça. Il  en a “tué” des adversaires ce Suédois vif comme l’éclair au filet, les mettant sans cesse hors de position, donnant l’impression qu’ils étaient lents et vulnérables. 

Sa fameuse célébration -le poing serré à hauteur du genou-, était une claque au visage du type se trouvant de l’autre côté du filet. Il ne le faisait pas par provocation -la spontanéité, ça se ne commande pas !- mais ça pouvait être pris comme tel.

Edberg, 41 titres en simple dont six du Grand Chelem et quatre victoires en Coupe Davis avec la Suède. Et, évidemment, une place de numéro un mondial. En simple, tout au long de sa carrière, il a remporté les trois quart de ses matches (801 victoires, 270 défaites), un ratio très élevé. 

Vingt ans après le début de sa retraite tranquille en Suède, Edberg s’est mis au squash, et devinez quoi, il est devenu un très bon. Et puis 2014, un autre gentleman player, dans une intuition géniale, a appelé à ses côté notre gentleman suédois. Vous l’avez compris, Roger Federer a demandé à Edberg de venir l’épauler afin de développer un jeu plus agressif, de raccourcir les points, alors que Roger entrait dans sa trentaine. 

Vous voulez passer vingt minutes d’exception sur YouTube ? Alors retrouvez la séquence où on les voit taper ensemble, Wilson en main, sur un court d’entraînement d’Indian Wells. C’est la quintessence du «tennis chic». Le rythme avec lequel ils frappent le balle, de façon métronomique, est fascinante. Et rappelez-vous, Federer s’entraîne alors avec son idole devenu donc son entraîneur. Nul doute que le Suisse exauçait-là l’un de ses rêves de gosse. 

© D.R

C’est lors de leur collaboration que Federer a apporté quelques modifications à son jeu dont l’une des plus spectaculaires fut le “SABR” (Sneaky Attack By Roger, autrement dit Sournoise Attaque par Roger), lorsqu’il avance soudainement vers la ligne de service pour prendre la balle en demi-volée et se ruer au filet. D’autres l’ont copié depuis, mais jamais avec le même panache ou la même efficacité. 

C’est aussi lors de leur collaboration que Federer a changé de raquette. Les deux hommes ont appris leur métier avec des Wilson Pro Staff à petit tamis (les 85 et 90 soient 215 cm2 et 228 cm2) et partageait un même avis : la terre battue, où le rebond est plus haut, était la surface la plus compliquée pour eux (Edberg, comme Sampras qui a utilisé la même raquette, n’a jamais gagné Roland Garros ). 

Sous la direction d’Edberg, Federer a donc aidé Wilson à développer une Pro Staff plus moderne avec un tamis élargi (626 cm2). Le passage de Federer à ce nouveau modèle -popularisé sous le nom de Wilson Pro Staff RF97 Autograph- a fait vibrer le monde du tennis. Disons-le : cette Pro Staff revisitée fait déjà partie des raquettes emblématiques. 

L’influence du discret suédois sur le jeu de Federer fut donc une évidence : Federer s’est mis à pratiquer un tennis plus direct, plus agressif, on pourrait même dire rajeuni d’une certaine façon, avec un revers au rendement nettement amélioré.

La collaboration entre Edberg et Federer a pris fin de manière élégante en 2015. Après avoir accompli ce qu’il avait en tête, le Suédois est retourné là où il se sent le mieux, à l’abri des regards. Stefan, les caméras et le grand orchestre du circuit, très peu pour lui. Une apparition ici ou là, de temps à autre, suffit à son bonheur. C’est la “Edberg touch”

Quelle trace a laissé Edberg dans l’histoire de ce sport ? Il y aurait beaucoup à dire mais on peut peut-être résumer l’affaire en mettant deux éléments en évidence, qui, d’ailleurs, ne s’appliquent pas qu’au tennis. 

Le premier : laissez vos qualités et votre talent parler à votre place. Dans l’ère Open, Edberg, avec Steffi Graf côté féminin, ont été les deux plus beaux exemples à suivre ce précepte. 

Le deuxième : les mecs sympas ne finissent pas forcément à la dernière place. Allez, méditez un peu cette phrase, et pensez à sa signification profonde. N’est-ce pas l’héritage que nous devrions tous aspirer à laisser derrière nous ? 

Banana story

Par Bogusz Topolnicki

Pour Court73

Traduit et adapté par Christophe Thoreau

© court73.substack.com / Bogusz Topolnicki.

Ce fruit, moelleux et sucré, est devenu un acteur clef sur le circuit. Histoires.

L’homme traverse la plantation. Il avance lentement mais avec détermination. Sous son bob couleur olive, on devine des yeux plissés. Ses vêtements sont modestes. Un pantalon marron et un tee-shirt gris anthracite à manches longues couvrent ses bras bronzés. Une tenue de travailleur. En dessous de la manche gauche, on aperçoit une longue cicatrice dans la paume de sa main. Il tient une machette. On croirait un personnage de la série Narcos. Mais il n’est pas là pour faire l’acteur.

L’homme s’arrête devant une grande plante verte, de deux fois sa taille. Des régimes de bananes recouvrent le tronc. L’homme soulève la machette et, d’un mouvement rapide et maîtrisé, coupe une grappe. Il la dépose ensuite sur un tapis roulant. Les bananes commencent alors leur long voyage. Premier arrêt : un entrepôt au sommet d’une petite colline où elle seront séparées puis lavées. Deuxième étape : le transport par camion frigo puis par cargo à une température de 13,5°, à fond de cale afin qu’elles ne murissent pas trop vite. Une fois arrivées à destination, les bananes seront envoyées dans un centre de maturation avant leur distribution. Sur les 4,35 millions de tonnes de bananes importées par les Américains chaque année… presque 66 000 terminent leur voyage sur les courts de l’US Open.

L’histoire d’amour entre le tennis et la banane remonte aux années 1960. C’est l’Australien Ken Rosewall qui lance la mode. Le champion de Sydney est capable d’en engloutir un lot entier au changement de côté. Vingt ans plus tard, Boris Becker fait également beaucoup pour la popularité de ce fruit cintré. Le jeune Allemand, en pleine ascension, en consomme avec une régularité impressionnante.

Mansour Bahrami entouré d'Henri Leconte, Gene Mayer et Paul McNamee à Roland-Garros / © Art Seitz

Septembre 1982. Martina Navrátilová s’incline en quarts de finale de l’US Open contre Pam Schriver. Une défaite inattendue et choc. L’Américaine, qui avait pourtant empoché la première manche 6/1, enregistre simplement sa deuxième défaite en 70 matchs.  “Je ne suis pas amère, je suis très déçue”, explique-t-elle ensuite. Mais surtout, en perfectionniste maladive, elle veut dégoter le petit plus qui lui permettra d’atteindre totalement son potentiel (dont elle n’était pourtant pas si loin).

Sur la recommandation d’un ami, elle contacte le docteur Robert Haas, un nutritionniste spécialisé dans le sport. Haas, du genre radical, lui conseille de ne plus manger que deux aliments, pas très folichons si on ne se nourrit que de cela : des pâtes natures et des bananes. ”Après deux jours de ce régime, j’ai cru que j’allais mourir”, se souvient-elle. Mais elle tient le choc. Navrátilová a remporté 102 de ses 104 matchs suivants.

De nos jours, l’image des joueurs de tennis mordant dans une banane est d’une banalité folle. Il faut dire que d’une certaine manière, c’est le fruit parfait. Une banane ordinaire contient 111 calories de saccharose, de glucose, de fructose et une forte concentration de potassium, le tout dans une grosse centaine de grammes d’une chair agréable à mâcher et facile à digérer. Avaler une banane n’alourdit pas et fournit un regain d’énergie presque instantané. C’est important, lorsqu’on est censé servir à plus de 200 km/h, quelques secondes après s’en être mis quelques bouchées dans le gosier.

Pourtant, tous les joueurs n’en sont pas fans. Dans sa biographie, parue en 2008, Andy Murray explique qu’il considère la banane comme “un fruit pathétique”. Un point de vue inattendu et original. Mais cela n’empêche pas le Britannique d’en consommer, comme lors de son marathon victorieux contre Roger Federer à l’Open d’Australie 2013. L’Ecossais précise ne pas en aimer le goût mais la “trouve utile en raison de ce qu’elle contient.” Pas si pathétique, finalement. 

La banane est parfois un fruit déroutant. Demandez donc à Denis Shapovalov et Alex De Minaur. Tous deux ont été filmés en train de lutter pour en éplucher une, le Canadien, furax devant tant de résistance, allant même jusqu’à la jeter au sol. Eh oui, parfois, la banane se mérite.

Lors du dernier tour de qualification de l’Open d’Australie 2020, Elliot Benchetrit s’est lui retrouvé au cœur d’une embrouille avec l’arbitre à cause du long fruit jaune. La raison du différend ? Benchetrit avait simplement demandé à une ramasseuse de balles de lui ouvrir sa banane parce qu’il avait de la magnésie sur les mains. “En plus, ici, elles sont difficiles à ouvrir car il n’y a pas la queue, a expliqué l’intéressé après sa défaite au premier tour dans le grand tableau. C’est l’arbitre qui s’est enflammé tout seul et m’a dit qu’elle n’était pas mon esclave alors que ça ne lui posait pas de problème. Elle m’en avait même ouverte une au début du match.” L’échange entre les trois protagonistes, filmé, mais partagé sur les réseaux sociaux sans le son, a entrainé un buzz ridicule et injuste.

En remontant dans le temps, on trouve d’autres embrouillaminis liés à la banane. Le plus emblématique est peut-être celui qui a mis aux prises Félix Mantilla et Thomas Muster lors des Internationaux d’Italie 1998. Lors d’un changement de côté, Muster court jusqu’à son adversaire pour lui chiper sa banane et surtout la manger ! Après le match, Mantilla, défait, a refusé de serrer la main de son voleur.

Lors de l’US Open 2006, le père de Maria Sharapova brandit en deux occasions une banane à sa fille pour lui rappeler de continuer à s’alimenter. Interrogée sur cet épisode, qui aurait pu s’apparenter à du coaching, Sharapova (victorieuse de Justine Hénin en finale) n’a pas apprécié. “Ma vie ne se résume pas à une banane. Je suis assise ici en tant que championne de l’US Open, et le dernier sujet qui doit intéresser les gens est cette histoire.” 

Exportée aux Etats-Unis à partir de 1876, la banane a conquis les cœurs et les estomacs. Le sport – le tennis en particulier – demeure le domaine qui a le plus influencé son existence. On peut dire de la banane qu’elle a été le témoin – et en partie le carburant – de grandes victoires et de quelques défaites également. Aussi délicieuse et calorique soit-elle, la banane ne peut pas tout faire toute seule ! 

The Banana Saga

 

 

L’article original, en anglais, est disponible sur court73.subtrack.com.

Chris Evert

une légende d’influence

Par Ros Satar

Traduit par Christophe Thoreau

© Art Seitz

Quelles joueuses, aujourd’hui, peuvent légitimement s’inscrire dans les traces de Chris Evert, qui symbolisait à la fois élégance, grâce et une détermination de fer ? Soyons honnêtes, une poignée seulement. 

Parlons sport pour commencer. Le palmarès de l’Américaine parle de lui-même: 18 titres en simple en Grand Chelem, trois en double, et une place de numéro un mondiale en fin d’année de 1975 à 1978 avant 1980 et 1981. Evert fut aussi, avec Martina Navratilova, l’une des héroïnes de la rivalité les plus durable, sinon la plus emblématique de l’histoire du jeu. 

La petite Chris a commencé le tennis très tôt et a rapidement montré des dispositions exceptionnelles. A tel point qu’elle signe ses débuts en Grand Chelem à 16 ans, à l’US Open 1971. La jeune Evert était alors sur une incroyable série de 46 victoires consécutives, à la fois en juniors et en « pro », lorsqu’elle s’incline finalement contre Billie-Jean King en demi-finales.

Ce ne fut donc pas une surprise de la voir, deux ans plus tard, se hisser en finale à Roland Garros et Wimbledon. Tout comme il fut dans la logique des choses qu’elle s’y impose dès l’année suivante. Evert fut également la première numéro un mondiale du classement informatisée de la WTA, le 3 novembre 1975. 

Conseil d’ami : ne commencer pas à énumérer les exploits ou les records de l’Américaine, c’est la migraine assurée. Allez, trois chiffres parmi des dizaines d’autres tout de même. Evert a atteint -au minimum- les demi-finales de 148 des 149 tournois du Grand Chelem qu’elle a disputés en seize ans de carrière. Unique ! Et que dire des 125 matches de suite sans défaite sur terre battue, une performance enregistrée entre août 1973 et mai 1979. Evert, c’était également sept titres à Roland-Garros. Un total que seul Rafael Nadal réussira à battre, en 2013.

Mais il est en revanche impossible de passer à côté de sa rivalité avec Martina Navratilova. Au milieu des années 70, époque où elle dominait le tennis féminin de la tête et des épaules, Evert avait clairement le dessus sur sa meilleure ennemie, remportant 23 de leurs 30 premiers affrontements. Mais au fil des années 1980, Navratilova a perfectionné son jeu, vers l’avant notamment, s’est endurcie physiquement, à une époque où, également, le rendement des raquettes commençait à s’améliorer. Et au terme de leurs… 80 duels, c’est Navratilova qui a terminé avec l’avantage dans ce tête-à-tête de reines : 43-37. Et 10-4 si on tient compte des seules finales du Grand Chelem.

© Ray Giubilo

Une « terrienne » au sang froid unique

Evert a été la joueuse de fond de court de son temps, avec une longueur de balles et un choix des zones sans pareil. Son style défensif, son impeccable jeu de jambes et sa capacité à commettre un minimum de fautes directes lui ont permis d’exercer un joug sans pareil sur son époque. Son calme et sa formidable capacité de concentration lui ont valu le surnom par les anglo-saxons de « Ice Maiden » (la dame de glace).

Et maintenant ? Cette mère de trois garçons, dont les commentaires à la télévision sont régulièrement salués, aime, par petite touche -et avec élégance forcément- apporter aux championnes d’aujourd’hui son regard forcément avisée sur leur carrière. Comme lorsqu’elle prend en 2006 l’initiative d’écrire une lettre ouverte à Serena Williams l’invitant a bien prendre conscience de « sa place dans l’histoire de ce sport ». Témoin, également, sa révérence devant une Naomi Osaka toute juste sacrée à l’US Open dans des conditions rocambolesques, ou encore son tweet à l’attention d’une Donna Vekic désemparée après une défaite en finale à Nottingham en juin dernier. Mais l’Américaine, qui fut une active présidente l’association des joueuses au sein de la WTA (de 1975 à 1976 puis de 1983 à 1991) avait déjà montré, en plein coeur de sa carrière, son intérêt pour les autres.  

Avec le temps, Evert est donc devenue une main chaleureuse sur l’épaule de celles qui rêvent de lendemain qui chantent. A la fois pour celles qui n’ont plus qu’une marche ou deux à franchir pour assoir encore plus leur grandeur. Comme pour celles qui commencent tout juste à collectionner les titres Grand Chelem. Ou enfin comme celles qui, plus simplement, commencent à s’affirmer sur le circuit. Evert, l’icône qui fait l’unanimité.

Stefan

The Classy Gentleman

© Ray Giubilo

Calm, controlled, measured. Blond hair, blue eyes, permanently bronzed skin. Likeable, understated, courteous. An unassuming Swede with a quiet charm and perfect English. Always with Adidas and Wilson even today-a sponsor’s dream. The perfect foil to his nemesis Boris Becker. Mothers and grandmothers loved him. A “gentleman player.”

But underneath all that was in fact a tennis player of quite remarkable tactical aggression. He didn’t play tennis by trying to win a baseline war of attrition like other Swedish players such as Björn Borg and Mats Wilander, the defensive kings, the counter-punchers. 

No, Edberg was the prince of offensive tennis. A serve and volley maestro. A fast-court fast finisher. That huge kicking serve of his devised purposefully to draw a short or high return from his opponent so that he could spring into action with a first, surgical volley. And then there was that single-handed backhand. It was a thing of such fluid beauty, with which he could either goad an opponent with slice or laser the ball with topspin. Playing Edberg was much like playing John McEnroe: death by one thousand cuts. No vulgar hammer blows but the opponent covered in his own blood. 

In some ways, he was therefore not a gentleman player at all. Edberg killed off opponents with quick points, making adversaries look slow, out of position and vulnerable. That knee-bent, clenched-fist celebration he broke into was a smack in the face to the guy on the other side of the net. It wasn’t intended to be of course, but it was. We saw it many times on his way to a track-record that includes 41 singles titles with 6 Grand Slams and 4 Davis Cup wins for Sweden. He was World Number 1. In total he won 3 of every 4 singles matches he played. 

Then fast forward twenty years from his quiet retirement in Sweden where he became a seriously good squash player. In 2014, in what was yet another stroke of genius by the other “gentleman player” Roger Federer, Edberg’s services were called on to help him develop a more aggressive game with shorter points as Roger entered his thirties. Watching them hit together, swinging their Wilsons on the practice courts of Indian Wells, is the best twenty minutes you’ll ever spend on YouTube. It is the epitome of “classy tennis”. The rhythm with which they hit the ball together is mesmerizing and metronomic. And remember, Federer is practicing with his boyhood idol who had become his coach-the stuff of Roger’s childhood dreams no doubt.

It was in their time together that Federer made some changes to his game. He introduced us to the “SABR”, the “Sneak Attack By Roger” when he suddenly advances to the service line for a snatched return of his opponent’s serve. It was an all-new tennis stroke. Others have since copied it but never with the same panache or effectiveness.

© D.R

More significantly though, it was also in their time together that Federer switched to playing with a new racket. Both men had learned their craft using Wilson Pro Staff rackets with small 85 and 90 square inch head sizes, and both men had found high-bouncing clay courts the most challenging surface (Edberg, like Sampras who used the same racket, never won Roland Garros). Under Edberg’s stewardship, however, Roger helped develop Wilson’s Pro Staff lineage by specifying a more modern 97 square inch head size for his new signature racket. His switch to what became known as the Wilson Pro Staff RF97 Autograph had the tennis world chattering and it is already in the bracket of iconic tennis rackets. The quiet Swede’s hidden influence was visible for us all to see as Roger was then able to ramp up his own brand of aggressive tennis, rejuvenated and with an improved, even more reliable backhand for good measure.

When the Edberg/Federer coaching relationship came to an elegant end in 2015, having accomplished what he set out to do, the Swede returned to the place where he seems most comfortable, out of plain sight. No cameras, no fanfare, just the occasional appearance here and there. How very “Edberg” of him.

So what’s his legacy? There is a lot to say about that but perhaps it can be distilled into two very important codes which don’t just apply to tennis.

First, let your skills and talent do the talking, not your mouth. In open era tennis, Edberg, with Steffi Graf from the women’s game, are best-in-class examples of players who followed that code.

Second, nice guys don’t always finish last. If you unpack that sentence and think about what it really means, it’s the legacy we should all aspire to leave behind.